Capture
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Titre du film : Vertical Durée : 48mn02 Format : film expérimental tourné au téléphone en mode vertical.

SYNOPSIS

Vertical est un film expérimental de 48 minutes composé à partir d’images filmées au téléphone pendant un voyage de neuf mois à travers plusieurs pays. Sans récit ni commentaire, il assemble fragments, tensions et instants de suspension pour faire émerger une expérience sensible du monde contemporain. Le film cherche moins à expliquer qu’à faire sentir une durée, une vibration, et la possibilité d’un regard encore ouvert.

L'auteur

Nathan George a commencé dans le cinéma comme accessoiriste avant de réaliser des courts métrages, des clips et plusieurs projets plus longs. Il s’est ensuite éloigné du cinéma pendant plusieurs années pour travailler dans le vin, jusqu’à ouvrir un restaurant consacré aux vins naturels à Uzès. Après cette traversée, il est revenu au cinéma à l’occasion d’un voyage de neuf mois filmé avec sa famille à travers plusieurs pays. Vertical est né de ce voyage, à la fois comme retour au cinéma et comme recherche d’une nouvelle forme.

Note d'intention de l'auteur

Vertical est né sans projet.

Il n’est pas venu d’une idée de cinéma, ni d’un désir de carrière, ni d’un scénario à réaliser. Il est venu d’un déplacement, d’une fatigue, d’un monde traversé jour après jour sans savoir encore qu’il cherchait une forme. Pendant neuf mois, j’ai voyagé autour du monde avec ma compagne et notre fils. J’ai filmé comme on prend des notes vitales, comme on garde des traces avant qu’elles ne disparaissent, comme on essaie de rester poreux à ce qui arrive. Des corps qui attendent. Des corps qui tiennent. Des gestes ordinaires. Des seuils. Des saturations. Des moments vides. Des villes. Des animaux. Des visages. Des routes. Des fragments de monde qui, peu à peu, ont cessé d’être des documents pour devenir une matière à éprouver.

Ce n’est qu’à la fin du voyage, au Mexique, que j’ai compris que ces fragments formaient autre chose qu’un journal. Ils formaient un champ de tensions, une traversée, une expérience. Un film, peut-être. Ou quelque chose qui déborde la catégorie du film, mais qui a besoin du cinéma pour se tenir.

Vertical ne raconte rien au sens habituel. Il n’explique pas. Il n’argumente pas. Il ne cherche pas à prouver. Il cherche à faire sentir. À faire entrer dans une durée. À ouvrir un espace dans lequel le regard puisse cesser un instant d’être capturé, sollicité, commandé. Un espace où les images ne viennent pas confirmer ce que nous savons déjà, mais déplacer quelque chose en nous, même très légèrement.

Si ce film est né d’une nécessité, c’est parce qu’il m’a semblé que nous vivions désormais dans un régime de perception profondément modifié. Nous ne regardons plus seulement le monde : nous le tenons dans la main. Nous le faisons défiler. Nous le coupons. Nous le consultons. Nous l’interrompons. Nous l’absorbons dans une posture de solitude, de vitesse, de fragmentation. Le smartphone n’est plus un outil extérieur à nos vies : il est devenu un milieu, une prothèse perceptive, un rythme, presque une condition. Bernard Stiegler n’a cessé de montrer que les technologies ne sont pas neutres, qu’elles transforment les formes de l’attention, de la mémoire et du désir, et que l’enjeu n’est jamais seulement technique mais spirituel, politique, civilisationnel.

Le vertical s’est imposé d’abord comme un fait. Je filmais au téléphone, et le téléphone était tenu comme nous le tenons tous désormais : debout, dressé, proche du corps. Mais très vite, ce fait a cessé d’être anecdotique. Il est devenu une question. Puis une forme. Puis presque une évidence. Nous vivons verticalement. Nos gestes, nos interfaces, nos attentions, nos solitudes même, se sont organisés dans cette posture. Ce format, si souvent méprisé comme signe de superficialité, m’est apparu au contraire comme une vérité sociale. Il ne fallait pas corriger cette vérité pour la faire rentrer dans l’horizontalité noble du cinéma. Il fallait la prendre au sérieux, la laisser parler, voir si elle pouvait devenir un geste de cinéma.

Vertical est né là : dans cette friction entre une forme considérée comme pauvre et l’espoir qu’elle puisse ouvrir un passage. Non pas vers un cinéma diminué, mais vers un cinéma déplacé. Un cinéma qui ne viendrait plus d’un appareil lourd, séparé, autorisé, mais d’un outil minuscule et quotidien. Un cinéma pauvre au sens le plus riche du terme : pauvre en moyens, riche en porosité. Un cinéma au plus près de la vie, de l’accident, de l’usure, de l’infime. Un cinéma qui, comme chez Godard, pourrait encore fracturer le langage dominant de l’image ; comme chez Marker, faire de l’essai une manière d’habiter le monde ; comme chez Pollet, accueillir les dérives du réel sans les refermer ; comme chez Tarkovski, faire du temps non pas un décor mais une matière spirituelle. Les références ne sont pas ici des modèles à suivre, mais des présences fraternelles : des artistes qui ont fait du cinéma autre chose qu’un récit, un lieu de conscience.

Ce qui traverse Vertical, au fond, c’est une question simple : que peut encore une image aujourd’hui ? Peut-elle autre chose que distraire, vendre, accélérer, choquer, documenter, divertir ? Peut-elle rouvrir ? Peut-elle relier ? Peut-elle rendre le monde à nouveau habitable, ne serait-ce qu’un instant ? Peut-elle aider à retrouver, dans le vacarme contemporain, quelque chose comme une attention partagée ?

Cette question ne concerne pas seulement le film. Elle concerne aussi ce que je fais depuis plusieurs mois dans un collège REP+ à Béziers, auprès d’élèves en rupture scolaire. Là aussi, la caméra est devenue pour moi un troisième langage, à côté de la parole et de l’écriture. Là aussi, il s’agit moins de produire des images que de créer des conditions pour qu’un regard se déplace. Philippe Meirieu insiste depuis longtemps sur l’émancipation non comme slogan, mais comme travail patient pour permettre à chacun de devenir sujet de sa propre pensée. Filmer, dans ce contexte, peut devenir cela : non une surveillance, non une illustration, mais une mise en capacité sensible. Une manière de reprendre prise. Une manière d’ouvrir un monde.

C’est pourquoi Vertical n’est pas pour moi un objet terminé qu’il suffirait de montrer. C’est une porte d’entrée. Un premier cercle. Le début possible de quelque chose qui demanderait à sortir du simple régime de la projection pour devenir situation, rencontre, expérience partagée. Si mon film devait circuler, mon souhait serait qu'il le soit non-seulement dans des salles, mais aussi et surtout, dans des formes vivantes : projections-conversations, soirées avec artistes, philosophes, sociologues, enseignants, musiciens, cuisiniers, chercheurs, amateurs. Non pas pour “accompagner” le film comme on accompagne un produit culturel, mais pour laisser le film devenir un centre de gravité provisoire autour duquel d’autres gestes puissent apparaître.

Car au fond, ce que je cherche n’est pas seulement à montrer un film. Je cherche à contribuer à un mouvement. À créer des conditions où des personnes venues de mondes différents puissent se retrouver autour d’une même nécessité : regarder autrement, penser autrement, faire autrement. Bernard Stiegler appelait à une alliance entre académiciens, artistes, activistes et amateurs. Cette phrase me travaille. Peut-être parce qu’elle dit exactement ce qui manque aujourd’hui : non pas un nouveau programme, mais de nouveaux lieux de composition. Des îlots de pensée et de sensation. Des lieux pauvres, fragiles, poreux, mais vivants.

Le mot “amateur”, ici, est décisif. Il ne désigne pas l’amateurisme au sens faible. Il désigne celui qui aime assez une chose pour s’y engager, pour la pratiquer, pour y risquer sa sensibilité et sa pensée. Rendre le monde plus amateur, ce serait peut-être cela : faire en sorte que chacun puisse redevenir praticien de son regard, de ses outils, de sa parole, de ses formes. Sortir de la pure consommation des images pour réapprendre à en faire, à les partager, à les discuter, à les transformer.

Le téléphone, dans cette perspective, n’est plus seulement l’instrument de la capture généralisée. Il peut devenir une arme de savoir et de création dans la poche. À condition, bien sûr, de déplacer ses usages. À condition de créer des espaces où il ne serve plus seulement à subir le flux, mais à l’interrompre, à l’ouvrir, à le retourner.

Vertical est né de cette intuition très simple : une forme discréditée peut peut-être devenir une brèche. Un film sans dialogue peut peut-être ouvrir de la parole. Une expérience solitaire de captation peut peut-être devenir un appel à se rassembler. Non pas autour d’une vérité à imposer, mais autour d’un désir commun de créer, d’éprouver, de penser, de faire bouger les lignes.

Je ne sais pas encore exactement ce que ce film va devenir. Mais je sais d’où il vient. Il vient d’un monde saturé d’images et pourtant déserté de présence. Il vient d’un besoin de réapprendre à regarder. Il vient d’un appel. Et cet appel, aujourd’hui, n’est pas seulement de montrer. Il est de créer avec d’autres les formes, les gestes, les situations où quelque chose de vivant pourrait recommencer.

Nathan Georges

Pour visionner le film, contactez :

Nathan George au 06 84 53 53 59

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